Garry Winogrand au Jeu de Paume

 

On peut féliciter l’initiative de la Ville de Paris d’avoir innové en affichant, sur les murs de certaines stations et quais du métro, des photographies de l’américain Garry Winogrand (1928-1984), dont une rétrospective se tient actuellement au musée du Jeu de Paume.
Enfin, le voyage en métro trouve une certaine bonhomie, celle de pouvoir se laisser aller à l’imagination des histoires que racontent des photographies. Enfin, moins d’images publicitaires agressives aux slogans sans intérêts qui s’étalent généralement de tout leur long à travers les couloirs labyrinthiques du métropolitain.

 

Gary Winogrand El Marocco, 1955

 

L’exposition proposée par le musée du Jeu de Paume se déroule en trois étapes. Qui suivent les trois étapes de sa vie artistique mais aussi, au final, de la vie de l’artiste lui-même, comme celle de tout homme.

Première aventure, C’est la jeunesse. New-York dans les années 50, sous le titre, « Du Bronx à Manhattan (1950-1971) ». La ville est folle, explosive, hétéroclite. Pleine d’espoir et gonflée de victoire au lendemain de la seconde guerre.

Puis, c’est l’aventure du photographe voyageur qui se risque hors de la ville pour aller en découvrir d’autres, faire découvrir l’Amérique au public aussi, comme à lui-même. « C’est l’Amérique que j’étudie » donne le regard de la maturité avec ses bases posées, ses valeurs sûres, son aplomb dans la société.

Et enfin « Splendeur et déclin », se déroule de Texas à L.A. surtout de 1971 à 1984, année de déclaration de sa maladie qui l’emportera très vite. Cette partie de l’exposition exprime les dernières années du travail de l’artiste qui donne un avant-goût de la déchéance annoncée du monde américain. Paradis perdu des icônes disparues. La solitude prend le dessus et laisse une note amer, comme un testament sur le futur en devenir. C’est la vieillesse qui regarde l’humain avec une dernière nostalgie, le regard de celui qui se sait soudain condamné et qui laisse ses dernières émotions dans une vague de souvenirs.

 

Fort Worth Texas 1974

 

On se rend-compte donc comment son rythme humain a été en lien avec son rythme artistique, ce qui donne une force à ses photographies, rend vivant le regard qui a figé l’instant.

Peut-être à la différence de Diane Arbus ou de Vivian Maier qui ont semblé chercher l’incongru, l’étrange, le bizarre, Gary Winogrand semble rechercher la multitude que la ville offre, ce mouvement incessant qu’on ne peut attraper qu’à travers un cliché de photographie.

 

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Garry Winogrand est un photographe de l’instinct, qui n’aura jamais le temps de trier et publier la plupart de ses photos. Toujours pris par le besoin de prendre des photographies. L’exposition montre donc des tirages qui n’avaient jamais été publiés jusqu’à présent et qui n’ont même pas été vus par le photographe lui-même, qui n’a laissé aucune annotation, donc on ne sait strictement pas le regard final qu’il aurait posé sur les photographies.  Il a laissé plus de 6600 rouleaux de pellicules qui n’ont jamais été examinés.

Comme beaucoup de ses consoeurs de la même époque, il  traduit un passé perdu, une Amérique envolée et toujours fantasmée. New York, ville de prédilection du photographe, qui s’est surtout concentré dans le quartier de Manhattan, est une explosion de personnalités, un champ d’imagination dans le réel.

« Parfois, c’est comme si (…) le monde entier était une scène pour laquelle j’ai acheté un ticket. Un grand spectacle, mais où rien ne se produirait si je n’étais pas sur place avec mon appareil. » (G.W.)

Les hommes toujours dans leur costumes impeccables et les femmes aux robes de tissus excentriques, reines de la modernité. Les années 50 sont vraiment représentatives de cette ère royale, fourrures, diadèmes, sourires francs. On ne cherche pas à être beau, on est beau.

 

Metropolitan Opera, N.Y. 1951

 

Garry Winogrand décrit donc avec la plus grande simplicité, l’Amérique citadine. Tous les visages, les saisons, des cigarettes et des cigares aux bouches de mafiosa et de gens populaires, paysages, vitrines de magasin qui offrent un monde de consommation aigüe de rêves de princesses. Rires dans des cafés, jeunesse et vieillesse mélangées. Meetings politiques. Excentricité d’une Amérique sans limites. Garry Winogrand n’a au final pas besoin de faire grand-chose car le spectacle de la vie s’offre à lui. Et c’est avec joie qu’il propose son instinct si vif. Chaque photographie propose une histoire. Il se pose alors en historien.

« Je photographie pour savoir à quoi ressemblent les choses quand elles sont photographiées. […] Le fait de photographier une chose change cette chose. Je photographie pour découvrir à quoi ressemble cette chose quand elle est photographiée. » (G.W.)

 

02_sfmoma_winogrand_democraticconvention_1960-web

democratic convention, 1960

 

World’s Fair, New York City, 1964

 

Dans une des salles de l’exposition, une vidéo passe en boucle un interview de lui dans les années 70. On découvre son caractère fort, ironique, bon vivant. Cela permet de mieux discerner ses intentions et permet de comprendre aussi à quel point l’instinct gouverne cet homme. Lui se pose alors comme un automate joyeux qui appuie sur un bouton dès qu’une émotion le traverse.

Robert Franck a été son mentor pour la photographie. Revenir à une simplicité de cadrage, d’espace, de sujet pour parler de l’essentiel, l’homme américain.

 

An early-1960s Winogrand photo, chosen for the Metropolitan Museum exhibition by Leo Rubinfien, was printed posthumously.

 

Garry Winogrand – Musée du Jeu de Paume

14/10/2014 – 08/02/2015

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