Garry Winogrand au Jeu de Paume

 

On peut féliciter l’initiative de la Ville de Paris d’avoir innové en affichant, sur les murs de certaines stations et quais du métro, des photographies de l’américain Garry Winogrand (1928-1984), dont une rétrospective se tient actuellement au musée du Jeu de Paume.
Enfin, le voyage en métro trouve une certaine bonhomie, celle de pouvoir se laisser aller à l’imagination des histoires que racontent des photographies. Enfin, moins d’images publicitaires agressives aux slogans sans intérêts qui s’étalent généralement de tout leur long à travers les couloirs labyrinthiques du métropolitain.

 

Gary Winogrand El Marocco, 1955

 

L’exposition proposée par le musée du Jeu de Paume se déroule en trois étapes. Qui suivent les trois étapes de sa vie artistique mais aussi, au final, de la vie de l’artiste lui-même, comme celle de tout homme.

Première aventure, C’est la jeunesse. New-York dans les années 50, sous le titre, « Du Bronx à Manhattan (1950-1971) ». La ville est folle, explosive, hétéroclite. Pleine d’espoir et gonflée de victoire au lendemain de la seconde guerre.

Puis, c’est l’aventure du photographe voyageur qui se risque hors de la ville pour aller en découvrir d’autres, faire découvrir l’Amérique au public aussi, comme à lui-même. « C’est l’Amérique que j’étudie » donne le regard de la maturité avec ses bases posées, ses valeurs sûres, son aplomb dans la société.

Et enfin « Splendeur et déclin », se déroule de Texas à L.A. surtout de 1971 à 1984, année de déclaration de sa maladie qui l’emportera très vite. Cette partie de l’exposition exprime les dernières années du travail de l’artiste qui donne un avant-goût de la déchéance annoncée du monde américain. Paradis perdu des icônes disparues. La solitude prend le dessus et laisse une note amer, comme un testament sur le futur en devenir. C’est la vieillesse qui regarde l’humain avec une dernière nostalgie, le regard de celui qui se sait soudain condamné et qui laisse ses dernières émotions dans une vague de souvenirs.

 

Fort Worth Texas 1974

 

On se rend-compte donc comment son rythme humain a été en lien avec son rythme artistique, ce qui donne une force à ses photographies, rend vivant le regard qui a figé l’instant.

Peut-être à la différence de Diane Arbus ou de Vivian Maier qui ont semblé chercher l’incongru, l’étrange, le bizarre, Gary Winogrand semble rechercher la multitude que la ville offre, ce mouvement incessant qu’on ne peut attraper qu’à travers un cliché de photographie.

 

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Garry Winogrand est un photographe de l’instinct, qui n’aura jamais le temps de trier et publier la plupart de ses photos. Toujours pris par le besoin de prendre des photographies. L’exposition montre donc des tirages qui n’avaient jamais été publiés jusqu’à présent et qui n’ont même pas été vus par le photographe lui-même, qui n’a laissé aucune annotation, donc on ne sait strictement pas le regard final qu’il aurait posé sur les photographies.  Il a laissé plus de 6600 rouleaux de pellicules qui n’ont jamais été examinés.

Comme beaucoup de ses consoeurs de la même époque, il  traduit un passé perdu, une Amérique envolée et toujours fantasmée. New York, ville de prédilection du photographe, qui s’est surtout concentré dans le quartier de Manhattan, est une explosion de personnalités, un champ d’imagination dans le réel.

« Parfois, c’est comme si (…) le monde entier était une scène pour laquelle j’ai acheté un ticket. Un grand spectacle, mais où rien ne se produirait si je n’étais pas sur place avec mon appareil. » (G.W.)

Les hommes toujours dans leur costumes impeccables et les femmes aux robes de tissus excentriques, reines de la modernité. Les années 50 sont vraiment représentatives de cette ère royale, fourrures, diadèmes, sourires francs. On ne cherche pas à être beau, on est beau.

 

Metropolitan Opera, N.Y. 1951

 

Garry Winogrand décrit donc avec la plus grande simplicité, l’Amérique citadine. Tous les visages, les saisons, des cigarettes et des cigares aux bouches de mafiosa et de gens populaires, paysages, vitrines de magasin qui offrent un monde de consommation aigüe de rêves de princesses. Rires dans des cafés, jeunesse et vieillesse mélangées. Meetings politiques. Excentricité d’une Amérique sans limites. Garry Winogrand n’a au final pas besoin de faire grand-chose car le spectacle de la vie s’offre à lui. Et c’est avec joie qu’il propose son instinct si vif. Chaque photographie propose une histoire. Il se pose alors en historien.

« Je photographie pour savoir à quoi ressemblent les choses quand elles sont photographiées. […] Le fait de photographier une chose change cette chose. Je photographie pour découvrir à quoi ressemble cette chose quand elle est photographiée. » (G.W.)

 

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democratic convention, 1960

 

World’s Fair, New York City, 1964

 

Dans une des salles de l’exposition, une vidéo passe en boucle un interview de lui dans les années 70. On découvre son caractère fort, ironique, bon vivant. Cela permet de mieux discerner ses intentions et permet de comprendre aussi à quel point l’instinct gouverne cet homme. Lui se pose alors comme un automate joyeux qui appuie sur un bouton dès qu’une émotion le traverse.

Robert Franck a été son mentor pour la photographie. Revenir à une simplicité de cadrage, d’espace, de sujet pour parler de l’essentiel, l’homme américain.

 

An early-1960s Winogrand photo, chosen for the Metropolitan Museum exhibition by Leo Rubinfien, was printed posthumously.

 

Garry Winogrand – Musée du Jeu de Paume

14/10/2014 – 08/02/2015

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Hécate

Délicate Hécate
Fleur insoumise
Au regard sombre
Qui me fuit comme une ombre,
Je bois ton air
Et ne peux me cacher la face,
Tu me glaces
Avec tes étoiles
Dans les yeux.
Quel désastre
Comme me méduse cet astre.
Peau laiteuse
À l’albâtre ravageur
Qui se reflète sur le hâle frondeur
De la noble Salammbô
Tu es souffle, sève et flots.
Éclairante nuit
Sur le sombre Mathô
Matant les mercenaires
Qui tentent de t’atteindre
À coups d’épées dans l’eau
Qui caressent l’onde
Car tu te confonds dans les roulis,
Miroitement infini.
Le destin des hommes
Regarde celui de ta plus fidèle
Amoureuse qui brûle de désespoir.
Déesse d’Ivoire
Suave Tanaach
Il se fait tard
Et l’aube t’enveloppe de soleil
Résigné à l’au revoir
Je trépigne jusqu’au soir
Ou je te verrais monter, silencieuse
Dans le ciel scintillant de merveilles

Chloe ganiayre-fontanille

Masculin/ Masculin au Musée d’Orsay

Hippolyte Flandrin, jeune homme assis, 1855

Masculin/Masculin qui se tient actuellement au musée d’Orsay fait partie des expositions à aller voir pour se réchauffer le corps. C’est un évènement particulièrement moderne dont nous fait part le musée. Déjà par son initiative de retracer deux siècles du corps nu masculin, mais aussi pouvoir observer la qualité des modèles et l’évolution des mentalités sur ce corps. Ormis au Léopold Museum de Vienne à l’automne 2012 jamais sujet, aussi florissant soit-il, n’avait été abordé par les académies, soulignant justement un problème de pudeur qui s’est imposé sur ce nu à travers ces deux derniers siècles.

Car ici c’est le corps nu masculin qui est mis à l’épreuve pour les beaux yeux d’un public mi-farouche, mi-gêné, de déambuler dans une dizaine de salles aux statues et tableaux sans retenue.

La rétrospective répond très bien à la question de pourquoi une telle exposition n’a jamais été faite auparavant. Les codes du nu masculin changent à travers les sociétés. Et les regards ne se sont pas penchés de la même façon et ont parfois littéralement transformé la vision artistique. L’exposition révèle même une réflexion très pertinente sur l’évolution des mœurs, des consciences, l’arrivée du monde industriel et son influence sur le corps. 

Le XIXe siècle marque le schisme qui s’est crée dans l’art sur le regard adressé au nu masculin.C’est l’académie qui a remis au goût du jour le modèle absolu de l’Antiquité, la représentation du genre humain. Au XVIIIe siècle, le nu masculin est un canon type, il permet de montrer la technicité du corps à travers la main de l’artiste. L’homme est un modèle extrêmement complexe à reproduire. La femme possède beaucoup de rondeurs et de traits plus faciles à exécuter, tandis que l’homme est fait de muscles et de torsions.

L’homme, le masculin dans tout son état d’Etre : un Modèle, une conscience, un existentialiste, un modèle de machine, un objet du désir…

Il est d’abord l’Idéal classique, dont on se sert pour représenter les thèmes mythique de l’antiquité, c’est le nu héroïque, au point presque risible, si l’on prend le recul du XXIe siècle, que les hommes qui se battent sont toujours représentés nus, le corps a cette époque n’a pas de pudeur, il expose la force et le combat.

Jacques Louis David, Patrocle 1780

Louis Léon Vincent PallièresUlysse et Télémaque tuant les prétendants, 1812   

 Abilgaard, Philoctète blessé, 1775

Ensuite, le corps est devenu non plus un modèle pictural, mais un modèle à part entière, voire une idole; il faut lui ressembler, retrouver sa force, c’est toute la partie des dieux du Stade qui d’ailleurs montre bien la récupération des nazis de ce modèle de « perfection », l’homme élevé à sa plus grande hauteur, sa torsion la plus haute

Henri falguière, lutteurs, 1875

La fin du XIXe siècle est marquée par l’arrivée de l’industrialisation, et le corps est là aussi mis à l’épreuve, car on va le photographier, l’observer sous toutes ses coutures pour comprendre ses actions, ses torsions, ses muscles et sa force. La force est le maître mot de l’exposition car toujours l’humain se tournera vers elle pour comprendre mieux qui il est, c’est une association constante. Qui sera d’ailleurs mis en relation avec son contraire, l’éphèbe, l’efféminé que l’on retrouvera à la fin du parcours de l’exposition.

 

Georges demeny, un saut à la perche, 1906, chronophotographie

                                               

Louis Igout Photo d’étude sur le nu

 

Cependant l’artiste prend le dessus sur le corps. Il se met en recul par des autoportraits. Il veut représenter ce qu’est le corps pour lui et sa conscience aussi. L’exemple d’Egon Schiele est très révélateur du début du XXe siècle et du questionnement existentiel, de la place de l’homme et de la place de son corps dans la société nouvelle, le corps révèle l’esprit, si l’esprit est torturé, le corps le sera aussi, c’est une manière de combattre le préjugé du modèle qui montre sa force, ses muscles. Ici on retrouve l’homme avec ses faiblesses, ses peurs, ses questionnements.

 

Egon Schiele, Predicateur, 1913
David et Eli, Lucian Freud 2003

L’existentialisme prend part au parcours, avec le corps face à la mort, à la colère, à la peur, à toutes les émotions qui sont multipliées par la vision du corps vivant l’émotion dans toute sa nudité.

Leon Bonnart, Job 1860
Jean Jules Antoine Lecomte de Nouÿ, mort pour la patrie,1892

L’ange déchu, (détail du visage), Alexandre Cabanel, 1847

Avec une sculpture perturbante, représentant le corps de son père mort et nu, Ron Mueck plonge le spectateur dans la contemplation de la vérité de son propre destin, l’interroge sur la finalité de l’être. Cette œuvre fait partie des plus troublantes de l’exposition

Ron Mueck, Père mort, 1996

Une Partie de l’exposition se penche sur la place l’homme dans la Nature, posant la question encore une fois, mais beaucoup moins centrée sur l’égo, de son existence, de l’existence de ce corps au milieu de la nature florissante.

Edvard Munch (1863-1944). Les Baigneurs, 1915
Paul Cézanne (1839-1906). Baigneurs, vers 1890

On y découvre aussi le corps dans la douleur, la torsion poussée à son paroxysme, le meurtre, l’enfer, la force de l’homme contre lui-même

 Ixion précipité dans les enfers, Jules Delaunay, 1876

Abel, Camille Bellanger, 1874  

Après une succession foisonnante et appétissantes de salles qui résonnent dans le corps et l’esprit et mélangent des oeuvres anciennes et modernes, comme celles des photographes Pierre et Gilles qui sont disséminées tout au long du parcours, l’exposition se termine par une immense salle coupée en deux, comme si deux voies s’ouvraient pour le spectateur. Il est amené à voir l’homme prenant en compte toute sa part féminine, celui-ci prend les traits de l’éphèbe, plein de sensualité et de sensibilité. Il est l’objet du désir.

Gustave Moreau, Oedipe et le Sphynx 1864

l’école de Platon, Jean Delville, 1898

De l’autre côté, c’est la Tentation du Mâle.C’est une pièce de jouissance du masculin… L’homme devient un désir que l’on peut qualifier d’homosexuel, où il n’y pas de féminité, comme pour laisser une belle place à l’exploration du corps de l’homme, comme il n’avait jamais été osé désiré par le regard de l’homme. Aussi, le tableau d’Orlan, origine de la guerre où le sexe de l’homme serait l’origine de tous les combats amène une réflexion sur la toute puissance de cette masculinité et son hyper-sexualisation.

Will Mc Bride, salem 1959
Le bain, Paul cadmus

 L’origine de la guerre, Orlan

Cette exposition donne vraiment à voir, pour comprendre et découvrir le parcours du nu masculin, pour avoir un autre regard sur ce corps nu, le prendre en considération, oser le regarder pour la première fois, se délecter de cette offrande donnée par le musée d’Orsay jusqu’au 2 janvier. 

Exposition Masculin/ Masculin

Musée d’Orsay  24 septembre 2013 – 2 janvier 2014

                                        Chloé Ganiayre-Fontanille

Carnivaise

 Elle est arrivée là, sans rien dire, bien sûr. Je n’avais pas prévu, prévu qu’elle me ferait tant d’effets. Je sais bien que je ne dois pas. Mais maintenant qu’elle est là, allongée. Princesse du XIXe siècle. Des pieds fins, joints de chevilles de demoiselle, comme ceux d’une nymphe caressant l’onde. Des bas de flanelle qui finissent par cercler ses cuisses encore rondes de jeunesse et de vitalité. La Morphine et la codéine sont mes premières héroïnes, voici la troisième grâce devant mes yeux. Je l’imagine dansant nue sur une Carnivaise à l’ancienne. Son jupon balayé à ses pieds, qu’elle repousse gracieusement. Ses bras la mènent au ciel, elle se laisse totalement aller à la valse, carnivore enfant, je baiserai ce jupon et ses pieds pour que l’éternité de cet instant dure comme cet entrejambe gênant. La morphine agit dans mon sang, heureusement. Ne pas me jeter trop vite sur elle, tel un loup-garou excité par la pleine lune apparaissant à la fenêtre, suave, quelques nuages l’embaumant d’un tulle de nuit. Je ne sais plus qui je regarde, tant ses deux féminités m’éblouissent.

J’ai cru entendre son prénom, Pandore, dans un souffle.

« Au pays des morts, Pandore, Pandore, tu nous a mené. La toile nacré de la Souffrance, de la boite en or, Pandore, Pandore, a laissé échapper. Lilith babylonienne, obéissante chienne, où sont passées ta vertu, ta discrétion. Laisse-nous vivre, Pandore, Pandore. Que fais-tu, ce geste ! Pour régaler ta curiosité, nous révéler à l’abime de la Raison. La fantaisie enfouie au plus profond du Royaume ».

Une muse me faisant m’envoler poétiquement, j’éprouve encore le plaisir unique de la contempler, encore quelques moments de silence. Me laisser l’imaginer me faire une danse macabre, Lazaréenne ravivant par sa simple vue, par son corps si parfait, une érotisation saugrenue. Puis s’endormir à jamais, sa tête penchée contre un fauteuil de fer forgé, une plume de Paon échappée du vase sur le guéridon, pose éternelle d’une photographie. Yeux fermés, nuque tendue, offrande, délice de peau laiteuse retenant dans sa tension l’épaule délicate, d’où sa bretelle de corsage a glissé. Il lui reste une longue boucle d’oreille ; détails infimes où je me perds,  me remémorant des mondes oubliés, d’atlantides arabesques. Si froide à mon intrusion dans son divin palais, je prends le plaisir fou d’exploser en elle.

 

Non, Déjà l’Aube, déjà l’Au revoir. Je dois reprendre son autopsie.

Ambre Noir

Louise se perd

Dans l’ébène rêveur

De ses cheveux

Ô Jais !

Ô Jaillissante folie !

Noirceur de la pensée

Furieuse hérésie

Je veux humer

Les Eclats d’Aube Sèche

Ces sombres mèches

Furies qui lèchent mes rêves

`

Dans Les plus féconds

Je m’allonge dans cette chevelure

Et l’instant dure

Une nuit d’horizon

L’oiseau Louise s’étire

Ses yeux charbons grésillent

Elle M’ensorcèle

De ses plumes qui s’entortillent

Je me meurs comme Adonis

Pour cette crâneuse mutine

Plongée dans sa narcisse

Telle une Vénus Chabine

Préférant adoucir sa crinière

Qu’adoucir mes manières…

Jaloux comme Hadès

Affamé de tendresse

Cette déesse

Réveille mes foudres

Fine nuque

Offres-toi les ardeurs

Du roi des langueurs

Sensuelle je t’enlace

Et ainsi me sert cette tignasse

Je serre, je serre

Je suis Enfer

Louise se résigne

Sans souffle

A la fin, je touche !

Je l’étouffe

Chloé Ganiayre-Fontanille

Rencontre avec la Pleine Conscience

15 et 16 Septembre 2012 : La Défense

Je ne sais pas exactement ce que je cherchais quand je me suis rendue à la conférence du maître Zen, Thich Nhat Hanh. Je m’étonne et me ravis du sourire omniprésent sur le visage des organisateurs de l’évènement et des moines, hommes et femmes, bouddhistes. La sérénité règne. La salle est immense. Nous sommes dans un axe sacré, celui du Louvre, de sa pyramide, de la Concorde, de l’Arc de Triompe et de la Défense. Les lumières sont futuristes et vives. Les moines prennent place, les femmes et les hommes sont séparés et s’installent de part et d’autre du centre de la scène où le coussin encore vide attend le maître.

Une voix douce, mélange de plusieurs générations de femmes entre celle de conte de grand-mère et celle rassurante d’une mère, nous invite à pratiquer quelques chants joyeux. « Le bonheur c’est maintenant ». D’abord seule, elle est rejointe par tous. Soeur Chân Không a plus de 70 ans, mais elle a gardé tout son éclat dans sa voix. Cette voix m’emporte, et emporte tout le public hypnotisé par ce mélange entre la modernité du lieu, les bambous qui apportent une touche de Nature, les magnifiques conceptions florales réalisées à la main par les femmes et ces moines qui se tiennent droit et heureux dans leur tunique couleur de terre, couleur officielle du village des Pruniers, leur retraite. Puis, Soeur Chân Không invite frère Tu-Taï à procéder à une méditation collective. J’ai un peu de mal à me concentrer, c’est la première fois que je participe à une prière collective. La voix calme, parfaitement détendue de frère Tu-Taï invite à une relaxation totale. J’imite la position de mes voisines et place mes mains en Mudra.

Soudain, voici que s’empare de moi une sensation nouvelle, un flottement léger. Je pars en moi, je me sens aérée. Puis un infime remue-ménage, un frissonnement dans la foule me déconcentre et me ramène à la réalité. Le maître est arrivé, après une demie heure de retard, coincé dans nos fameux RER parisiens. Il s’installe dans un calme absolu. Chaque geste est mesuré. Je ressens immédiatement que c’est un maître, qu’une Connaissance est en lui, une paix surtout; La Paix. Les lumières intenses, l’immensité de la salle, les moines autour du maître donnent une illusion de vaisseau spatial, un hyper espace, lentement le vaisseau s’élance et je décolle.

Les moines se mettent debout. La cérémonie débute par le chant de leur souffrance. Les hommes, puis les femmes s’expriment en chantant, en se faisant face. Tous aussi beaux dans l’expression de leur sentiment, la justesse de leur voix, avec au centre, le Maître assis en lotus, les yeux fermés, exécutant avec ses doigts des mudras qu’il fait exploser comme des bulles de savon, d’un revers de la main. Ce chant dure plusieurs intenses minutes. Puis d’un geste vif et sûr le maître fait cesser les voix par des coups contre une imposant bol de prière dont la résonnance empli toute la salle et vibre dans l’ensemble de mon corps. Je suis transportée. Puis quand le silence se fait, total, Thich Nhat Hanh se met à parler, son corps n’a pas bougé un seul instant. Je bois littéralement ses paroles. Bercée de mots doux, simples, d’amour. L’importance de la présence pour l’autre, quelle seule suffit pour montrer son amour. Puis s’en est suivi de divers enseignements et exercices de respirations méditatives. Être une fleur, une montagne, une eau calme, le cosmos. Apprendre à donner de l’espace en soi. Les mantras, ces enseignements, m’ouvrent de nouvelles perspectives et l’esprit sur la simplicité de communication que l’on doit avoir avec l’autre. Donner la chance à cette simplicité, prendre en considération l’autre, exposer ses soucis, ses joies et se rappeler constamment de l’importance de la présence comme preuve essentielle de l’amour. Et prendre conscience de l’instant présent. Ses mots m’ont touchée, guérie, rassurée. Au bout d’une bonne heure et demie de messages, une force nouvelle s’est emparée de moi. La plus agréable des forces. Les chants ont repris, mes yeux se sont fermés pour profiter pleinement des voix. Quand je les ai rouverts à peine quelques instants plus tard, le maître avait déjà disparu. La voie de la Pleine Conscience était un nouveau chemin à parcourir.

Le lendemain, une marche méditative sur le parvis de la Défense était organisée. J’ai délaissé toutes les activités dominicales et amicales prévues pour me rendre de nouveau auprès du maître, continuer à vivre cette onde si apaisante découverte la veille. L’ambiance à mon arrivée était très calme. Chacun mangeait dans la pleine Conscience. Chaque bouchée avait sa valeur, son intensité. Puis le maître est arrivé, tous se sont détachés des marches pour former un cercle autour de lui. Le soleil brillait de mille feux, illuminant l’architecture ultra-moderne de la City parisienne et contrastant totalement avec la sobriété des robes bouddhistes et de leur venue. La beauté réside là en fait. Dans ce quartier si agité, si pressé; donner une message de paix intérieure et faire une marche en pleine conscience de ses pas et du fait d’être vivant. Le maître se lève, tous le suivent. Pendant une demi-heure infinie, un millier d’humains ont marché avec lenteur et conscience, sous le regard ahuri des passants et des badauds filmant la scène avec leur Iphone. Puis le maître s’est rassi et une longue et commune méditation a suivi. Mon corps était apaisé, léger, sain. Le maître s »est relevé, suivi toujours d’autant de monde, il a redescendu les marches de l’Espace Défense, a fait un salut à la foule et est rentré sous terre, tel un Hobbit moderne retournant vers sa grotte magique.

Thich Nhat Hanh m’a ouvert l’esprit et le coeur à l’épanouissement de soi, souhaitant épanouir le monde à mon tour. Une magnifique rencontre.

Le 20 décembre une rencontre méditative et intéractive autour de la sortie du DVD de ces journées mémorables du 15 et 16 septembre auront lieu à l’Entrepôt à Paris, il reste encore des places…

http://www.weezevent.com/toujours-en-marche-inspirante

Calligraphie Thich Nhat Hanh

Calligraphie du Maître zen Thich Nhat Hanh

Contemplation

Parfois certains tableaux fascinent, impossible de dire exactement pourquoi, mais l’on reste ébahi, envahi. C’est pour moi toute la magie de la peinture, de l’art en général, la force de son pouvoir. Cette image, dont j’ignore l’exécutant, me plaît car je pense à elle, même quand je ne l’ai pas devant moi. Je l’appelle intérieurement … Lire la suite

Misia Sert

MISIA, Reine de Paris

SERT1Misia+Sert+na+zdjęciu+z+1905+roku

12 juin- 9 septembre, musée d’Orsay   /  13 octobre 2012  – 6 janvier 2013, musée Bonnard Le Cannet

Misia Sert fait partie des grands. De ceux qui font avancer le monde culturel et artistique par amour de l’Art ; la sensibilité et la sensualité féminine en plus.

Misia Sert est un esthète, qui a permis aux artistes modernes du premier quart du XXe siècle de s’exprimer, de créer, de rêver.

Misia Sert est une muse dont les traits voluptueux ont rendu fou d’amour des peintres, qui n’ont alors de cesse de faire son portrait, tels que Vuillard, Bonnard, Vallotton.

L’exposition du Musée d’Orsay, Misia, reine de Paris, a redoré le blason d’un parcours oublié pour beaucoup, d’une femme libre, totalement admirée des acteurs artistiques de son époque.

Misia, Maria Godebska de son vrai nom, femme de l’Est, interpelle autant qu’une autre russe, Dyna Vierny et ses relations ambigües, intimes, avec son maitre sculpteur Aristide Maillol. Des corps de femmes qui ont donné corps à des peintures, des âmes que l’on retrouve entourées de leur aura sur les tableaux.

Misia fait parti des mythes, des femmes qui ont su et réussi à influencer les époques, les modes. Ce n’est d’ ailleurs pas étonnant qu’elle soit devenue proche de Coco Chanel et de son talent de styliste qui allait avoir une renommée interplanétaire, ou encore qu’elle se soit si bien entendue  avec la poésie et la féminité de jean Cocteau, et avec la force incontestable de persuasion de Diaghilev qui devint comme un frère adoptif.

Misia fait rêver, d’avoir été si libre, si décidée dans ses choix et son goût. Les peintres ne l’ont jamais écornée bien que son pouvoir ait été grand et qu’elle l’exerçait en bien ou en mal sur la carrière des uns et des autres, car elle aimait les intrigues. Toujours magnifiquement vêtue, gracieuse au piano, un talent reconnu, réservé aux plus intimes.

Misia est amoureuse, de la vie et des hommes qui ont jalonné son parcours ; rigoureuse avec sa conscience des mondes artistiques que ses maris lui ont permis de prendre. Elle a fait des mariages alliant bon parti et sentiment profond, découverte perpétuelle de l’Art et du contact artistique.

Misia est chanceuse car elle a vécu une époque folle, celle de la modernisation du monde, de l’arrivée de la photographie, des ballets russes qui l’ont profondément marquée, de l’effusions d’artistes dans le vieux Paris. Chanceuse d’avoir trouvé des hommes qui ont su la regarder comme une muse, qui ont su la porter aux nues pour en faire une légende ; celle des femmes esthètes.

Édouard Vuillard (1868-1940) Le Peignoir rouge (Misia), 1898 Huile sur carton, 42 x 63 cm Collection particulière © Markus Mühlheim, Prolith SA, Suisse

Édouard Vuillard (1868-1940) Le Peignoir rouge (Misia), 1898 Huile sur carton, 42 x 63 cm Collection particulière © Markus Mühlheim, Prolith SA, Suisse